sébastien gouju    

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Pour une fugue ludique

Sébastien Gouju préfère la bousculade aux raisonnements mécaniques. Ses sculptures,
installations et dessins nous prêtent des yeux neufs pour se ré enchanter de ce que l’on connaît
à l’usure des années. Son travail  joue avec notre perception des choses faisant appel à la culture,
à la mémoire et aux déductions paresseuses du cerveau.

Ainsi, ses œuvres suscitent curiosité et amusement. Une première lecture rapide apporte
une reconnaissance de l’objet, du concept. Une seconde lecture dévoile la transgression
qui fait inévitablement sourire. Prenons par exemple ce couple de ballons flottant au plafond
qui se révèle être fait de lourd verre soufflé, ce bénitier à forme de coquillage fabriqué en savon
ou encore ce tapis de feuilles qui camouflent chacune un soldat de plomb. Car les apparences,
sans tromper entièrement, nous font un croc-en-jambe intellectuel. Gouju, artiste joueur de tours,
habille l’étonnant avec l’ordinaire, pour mieux nous surprendre. La matière et l’humour apparaissent
comme poil à gratter les habitudes, comme fleur en plastique pour arroser la raison cartésienne.

Son exposition L’arbre qui cachait la forêt, présentée à Alma en 2010, regroupait plusieurs dessins
qui intègrent des éléments populaires locaux, du pick-up au bateau de croisière Le Richelieu,
en passant par le canot d’écorce et le joueur de hockey. Ces figures participent à des mises en scènes
complexes envisagées comme assemblages quasi architecturaux. Ce sont des cartographies,
des plans d’espaces de cohabitation possibles, guidées par des formes et des couleurs.
Une parenté avec le graphisme se ressent, mais également avec l’art pop américain, par l’utilisation
d’images connues, par le rendu appliqué et par un lien avec la publicité et le design.
Puis les perspectives se jouent de nous pour casser la narration. Comme dans cette œuvre,
crayon de plomb, crayon de couleur, où les fils d’électricité se lancent dans tous les sens,
créant des perspectives hallucinées. Chaque dessin développe pourtant son propre système,
son propre équilibre, référents et lignes assumés.   

Dans le même corpus ayant vu le jour lors de sa résidence, l’artiste propose deux installations.
La première est constituée d’une poutre de bois supportée par un pied en V renversé.
À l’une des extrémités de cette poutre recouverte de fausse neige trône un petit sapin synthétique
tandis qu’à l’autre bout se trouve son portrait peint sur un chevalet miniature. Singulière balance,
qui permet d’enclencher une réflexion sur le réel, sa représentation et son image. Ceci n’est pas
un sapin, cela non plus (mais vous pensez tout de même à un sapin). Pour apprécier la deuxième
installation, il faut baisser le regard, ou, encore mieux, se rapprocher du sol. Armée de petits pois?
Poignée de billes en pâte à modeler? Quoi qu’il en soit, cette foule de minis boules roule droit
vers un trou (deux trous en fait) de souris qui imitent la silhouette des oreilles de Mickey Mouse.
Elle frappera un mur, se dit-on, en constatant que ce que l’on a d’abord pris pour deux orifices est
en fait du carton noir collé, un artifice! Certains « petits pois » brandissent le drapeau des États-Unis.
Mais ces conquérants, rentrent-ils chez eux à l’abri d’une muraille ou en sortent-ils pour livrer bataille?
L’instinct du jeu, épanoui aux primes années, ne se terre jamais loin à l’intérieur.

Les œuvres de Sébastien Gouju sont mues d’une logique charmante, pleine de la fraîcheur
et des couleurs de l’enfance. Elles démontrent en même temps sa grande maîtrise des matériaux
comme de l’espace pictural et spatial. L’artiste fait surgir l’enfant en nous, celui qui, assis à l’école,
se laisse distraire par ce qu’il voit au-delà des murs de sa classe.

Barbara Garant

Barbara Garant est auteure et journaliste culturelle au Québec.