sébastien gouju    

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Là où les détails se cachent

Sébastien Gouju jongle avec les mots, les techniques et les contextes. Sa nouvelle exposition est une réflexion sur le jeu
basée sur deux rapports : celui entre l’homme et la nature, celui entre l’art et l’artisanat. Qui est domestiqué ?
Qui est apprivoisé, par qui et par quoi ? L’artiste s’approprie les objets de la maison. Qu’ils soient d’ordre fonctionnel
comme une étagère ou bien ornemental comme des bibelots, des broderies ou la devanture faussement marbrée
d’une cheminée, ils sont chaque fois réinterprétés. A ces objets familiers sont hybridés des éléments issus de la faune
et de la flore. La figure animale tient en effet une place importante au creux de ses questionnements. Qu’ils proviennent
d’un salon, d’un jardin ou de la forêt, les animaux sont ramenés à l’état d’objets venant se fondre au cadre domestique.
Une tortue, un lapin, un chat et des oiseaux sont littéralement encastrés dans les planches d’étagères fragmentées.
A l’image de dentellières, des limaces sculptent patiemment des feuilles de rhubarbe. Le caractère décoratif
des objets est perturbé. Sébastien Gouju prolonge une dynamique de travail basé sur une mécanique dichotomique :
revers/face, dedans/dehors, réel/factice, main/machine, présence/absence. Une mécanique elle-même composée
d’une multitude de mécanismes ludiques, critiques et physiques. Tout est une question de jeu et de perception.
Le choix des techniques y est prépondérant. Si le dessin demeure un medium de prédilection, l’artiste adopte
des techniques issues de l’artisanat comme la faïence émaillée, la broderie, la dentelle et le travail du métal.
Ainsi les objets du quotidien sont déplacés. Leurs fonctions et leurs apparences sont troublées. Traditionnellement
la broderie sert une imagerie florale et végétale attrayante, pourtant la série Fleurs du Mal croise les registres de lecture.
Deux formats prétendument mineurs sont associés : la broderie (réalisée au moyen de machines industrielles)
et la nature morte (des oiseaux et des papillons morts jonchent aux pieds de fleurs vénéneuses). De même, un jeu de cartes
composé de 54 pièces est reconfiguré (Parties de Cartes). Le carton fait place à la feuille d’inox. La lecture des couleurs,
des figures et des enseignes est perturbée par la découpe au laser d’ornements végétaux. L’envers se mêle à l’endroit.
Un véritable travail d’orfèvre est réalisé au moyen d’une machine de type industriel. Un basculement s’opère.
Le précieux tutoie le sériel. L’artiste développe une réflexion sur les rapports qui existent entre l’homme et la machine,
l’ouvrage manuel et l’ouvrage industriel, par extension entre l’art et l’artisanat. Qui domestique qui ou quoi ?
Par le détournement, le jeu et le processus technique, Sébastien Gouju s’amuse de notions comme le vrai et le faux.
En articulant des glissements matériels et conceptuels, l’artiste brouille les pistes, il fouille les marges de la création
pour élargir un couloir étroit et uniforme qu’il refuse d’emprunter.


Julie Crenn
Critique et historienne d'art.